(LCP) La députée Hélène David du PLQ a profité d’un débat sur « l’équilibre » mental à l’Assemblée nationale pour exprimer sa vision de psychologue en cette période de pandémie mondiale :

 

« J'ai pratiqué, pendant plus de 30 ans, la psychothérapie et j'ai enseigné à des générations de psychologues. On parle beaucoup des psychologues en ce moment. Je pourrais en parler très longtemps. On dit qu'il n'en manque pas, mais, d'une certaine façon, il en manque beaucoup, mais il manque d'accès surtout.

 

Vous savez, les psychologues, ce n'est pas du traitement à la chaîne, en voyant 50 personnes par jour, et, vous savez, ça ne peut pas être cinq, 10 minutes, une consultation, c'est long. Et même cinq, six, sept rencontres, c'est très court pour essayer de remettre quelqu'un, je dirais, en bien-être avec lui-même.

 

Tous autant que nous sommes, même ici, je crois, on pourrait dire qu'on est tous et toutes déstabilisés, tous. Il n'y a pas un être humain en ce moment, je pense, sur la planète, qui n'est pas déstabilisé.

 

[…] On a chacun notre sentiment, notre sensation d'être en équilibre. Mais, en ce moment, il n'y a plus grand monde qui se sent en équilibre. Et c'est ça, le problème. Et tous mes collègues et amis qui sont eux-mêmes psychologues, psychothérapeutes ne se sentent pas tant que ça en équilibre. Je ne vais pas rassurer les gens, mais c'est vrai.

 

Il faut tous admettre notre humanité dans cette pandémie. Nous sommes tous, d'abord, des mortels, il faut se le dire. Nous sommes tous avec un bagage plus ou moins solide, que la vie nous a donné, que nos parents nous ont donné, mais cet équilibre-là, il est remis en cause, il est vraiment mis à l'épreuve en ce moment. […]

 

L'aide de groupe, ça n'existe plus. Des thérapies de groupe, oubliez ça. Alors, qu'est-ce qu'ils font, mes amis psychologues? Ils prennent le téléphone. Ils font des séances par téléphone, des séances par visioconférence. Les médecins font ça aussi. C'est mieux que rien.

 

Il faut aussi les payer, les psychologues. […] Et, depuis l'avènement de l'exigence d'un doctorat de troisième cycle en psychologie, […] il y a eu une vague énorme de déplacement vers la pratique privée. C'est simple, le public ne paie plus assez, disons-le comme ça, aussi simplement que ça.

 

Perte de contrôle

[…] On n'a plus de contrôle sur une foutue petite bibitte qu'on ne connaît pas, qui provoque des drames épouvantables, des milliers, des milliers de morts, hein? On se dit : bien non, pas moi, pas moi, ça ne peut pas m'arriver. Bien oui, ça arrive comme ça sans crier gare. Alors on se protège, on a nos masques, mais on a peur. Au fin fond, là, on a tous peur d'attraper ça et on a peur que ça soit pour nos parents, pour nos enfants.

 

[…] On n'a pas de Google Maps pour la pandémie. Et c'est terrible à dire, mais c'est ça qui provoque la détresse. Et ça tombe, je dirais, dans l'équerre de chaque individu. Et c'est pour ça qu'il y en a qui vont tomber au combat, qui tombent au combat pas physique, pas de la pandémie, mais au combat mental.

 

Alors, il faut faire vraiment, vraiment attention à tous nos voisins, tous nos amis, toute notre famille. Il faire attention à nous-mêmes. Les travailleurs de la santé, il faut faire attention à eux et à elles. […]

 

On demande au gouvernement d'avoir une attention particulière à la question de l'équilibre mental. J'aime mieux «équilibre» que «santé» parce que la santé, on peut être malade demain matin. L'équilibre mental, et ça, il y a vraiment beaucoup de gens qui souffrent actuellement. »

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