(LCP) La députée indépendante Catherine Fournier a proposé à ses collègues du Salon bleu, hier, d'adopter une motion demandant au gouvernement « de mettre rapidement en oeuvre un plan interministériel de lutte contre les polarisations sociales et la radicalisation pouvant mener à la violence » et qu'il soit « coordonné par le ministère du Conseil exécutif », c'est-à-dire le ministère du premier ministre.

 

L'élue de Marie-Victorin croit qu'il faut absolument financer la recherche appliquée. « La recherche est essentielle pour produire des données probantes qui permettent d'orienter les politiques publiques. Sinon, on peut assister à toutes sortes d'initiatives qui ont l'air très bonnes en apparence, mais qui, au final, peuvent avoir très peu de résultats, voire même être contreproductives », dit-elle.

 

De plus, « il faut avoir la littéracie numérique nécessaire pour comprendre que, lorsqu'on a certains intérêts en ligne, on va avoir tendance à toujours voir du contenu qui correspond à nos intérêts » plutôt qu'à confronter ses idées à celles des autres.

 

Il faudrait aussi « augmenter les ressources psychosociales ». En effet, « il faut vraiment qu'on agisse au niveau de la détresse psychologique de nos concitoyens », pense-t-elle.

 

L'élue appelle à « mieux soutenir les organismes également qui viennent en aide aux proches des gens qui sont en voie de radicalisation », car, « ils sont complètement débordés ».

 

En réponse, la ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Inclusion s'est d'abord empressée de proposer à sa collègue un amendement pour demander plutôt au gouvernement de « mettre rapidement en oeuvre des actions » plutôt qu'un plan interministériel « pour lutter contre les polarisations sociales et la radicalisation pouvant mener à la violence », tout en retirant le ministère du Conseil exécutif du dossier.

 

Nadine Girault a rappelé que son gouvernement agit dans le domaine le plus pertinent au sujet du débat, selon elle : l'immigration. « Contrairement au gouvernement précédent, nous sommes passés de la parole aux actes et nous n'avons pas hésité à mettre les moyens nécessaires pour assurer une intégration réussie des personnes immigrantes », ajoute-t-elle.

 

Le budget du Programme Mobilisation-Diversité est passé à 17,6 millions $ en hausse de 96 %. Le Programme d'accompagnement et de soutien à l'intégration a eu droit à des fonds supplémentaires de 32 millions $. « Notre gouvernement a annoncé un investissement annuel supplémentaire de 70,3 millions $ pour la francisation des personnes immigrantes, pour un budget total atteignant plus de 170 millions $. »

 

Le député Marc Tanguay du Parti libéral a aussitôt recommandé à la députée indépendante de rejeter la proposition caquiste. Il s'est dit « déçu d'avoir entendu la ministre nous parler presque exclusivement d'actions en matière d'immigration, d'intégration, connaissance du français comme si, ça, c'était la large réponse à tous les phénomènes de radicalisation puis de polarisation sociale. Je trouve qu'on fait fausse route ».

 

La députée Catherine Founier a acquiescé aux arguments de son collègue. En effet, selon elle, la problématique ne relève pas uniquement du ministère de l'Immigration, mais de plusieurs ministères sectoriels.

 

Pour l'élu Andrés Fontécilla de Québec solidaire, on doit « mettre fin au débat sur le racisme systémique en reconnaissant son existence », dit-il. « J'appuie la motion de ma collègue de Marie-Victorin pour la mise en plan d'un plan de lutte à la radicalisation et je l'incite à ne pas accepter les amendements gouvernementaux et surtout, j'incite le gouvernement à bâtir un contre-discours fort, qui sera basé sur la reconnaissance du racisme systémique et sur la transparence dans la transmission du message des directives sanitaires qui nous permettra à tous et toutes de faire front commun contre la montée des mouvements racistes radicaux au Québec », ajoute le député de Laurier-Dorion.

 

D'accord avec la suggestion de plan interministériel, Méganne Perry Mélançon du Parti québécois a proposé à sa collègue indépendante d'ajouter un paragraphe à sa motion pour mandater « la Commission des institutions pour mener des consultations publiques sur la polarisation et la radicalisation pouvant mener à la violence et qu'elle transmette ses recommandations à l'Assemblée ». Mais Catherine Fournier a repoussé la proposition de commission parlementaire parce qu'elle empêche l'application rapide de solutions.

 

Marwah Rizqy, élue du Parti libéral aurait préféré qu'en plus de la proposition de la députée Fournier, le gouvernement bonifie « le financement accordé aux initiatives visant à lutter contre la désinformation, telle que la formation «30 secondes avant d'y croire», de la Fédération professionnelle des journalistes ». Elle en a aussi fait une proposition d'amendement.

 

Cependant, la députée Catherine Fournier a préféré ne pas suivre les suggestions que lui ont faites les autres députés, même si elle s'est réjouie de leur intérêt pour débattre de ses propositions.

 

Elle a toutefois invité le gouvernement de faire preuve de leadership. « Bien sûr, c'est un domaine qui est fédéral. Par contre, on l'a vu sur le dossier des renseignements personnels, il y a certaines provinces qui ont elles-mêmes adopté des réglementations pour les renseignements personnels et qui ont pu se soustraire de la législation fédérale parce qu'ils allaient plus loin, notamment. Donc, pourquoi pas? Pourquoi pas sur le dossier des réseaux sociaux? Je pense que ça pourrait être une avenue intéressante, d'autant que le gouvernement souhaite rapatrier les compétences des communications et de la culture au Québec », a conclu la députée de Marie-Victorin. Sa motion a reçu l'appuie de l'opposition, mais a été rejetée par la majorité de la Coalition avenir Québec.

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